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Appel à candidatures

Allocation de recherche fléchée (Sciences de l’homme et de la société) : De la migration de travail à la traite des êtres humains : le recours au travail des étrangers en situation précaire au cœur de la mondialisation

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ALLOC_THESE_URMIS

Université Nice Sophia-Antipolis, Ecole doctorale « Lettres, Arts, Sciences Humaines et Sociales » (ED86)

Laboratoire d’accueil : Unité de Recherche Migrations et Société (Urmis, UMR 7032)

Dans le cadre des allocations de recherche fléchées sur des thématiques prioritaires par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, le laboratoire Urmis lance un appel à candidatures pour un sujet de thèse financé par une allocation à partir de la rentrée 2008.

Le montant de l’allocation est de 1 658.25€ bruts mensuels. Durée : 3 ans.

Directeur de thèse : Jocelyne Streiff-Fénart, directrice de recherche au CNRS

Description du projet :

La traite des être humains est devenue, au cours des dix dernières années, une préoccupation majeure de la scène politique internationale et rares sont les Etats occidentaux qui n’ont pas signé de protocoles ou de motions visant à lutter contre ce phénomène. Dans le même temps, ces Etats ont érigé des barrières toujours plus restrictives contre les migrations économiques vers leurs territoires et, quand ils les autorisent, les soumettent à des contrôles toujours plus rigoureux. L’objet de ce travail de doctorat sera d’interroger le lien entre les deux tendances, partant de l’hypothèse selon laquelle les migrations économiques les plus précaires et les situations de traite relèvent de logiques socio-économiques souvent similaires et ont dès lors des effets sociaux de même nature.

(voir la présentation scientifique du projet, ci-dessous)

Conditions à remplir par le (ou la) candidat(e) : http://dr.education.fr/Alloc_doc/al...

Constitution et envoi des dossiers de candidature :

Les candidat(e)s intéressé(e)s devront faire parvenir, par courrier électronique ou postal, avant le 15 juillet 2008, au secrétariat de l’Urmis Nice : darrieum@unice.fr :
- un CV complet
- leur mémoire de master
- une lettre argumentant leur intérêt pour le sujet accompagnée d’un plan de travail sur les trois ans

La sélection sera faite par un jury issu des membres du laboratoire d’accueil.

Informations disponibles à propos des allocations de recherche fléchées (conditions d’attribution, durée du contrat, aide financière, etc.) sur le site du ministère : http://edges.sup.adc.education.fr/R...


Présentation du projet scientifique

- 
Nom et numéro de l’école doctorale :
Lettres, Arts Sciences Humaines et Sociales (LASH- ED86)
- Nom et label de l’unité de recherche : Unité de recherche Migrations et Société URMIS UMR7032
- Localisation : Université de Nice Sophia Antipolis Pôle universitaire St Jean d’Angely, 24 Av. des Diables Bleus, 06357 Nice Cedex 4
- Nom du directeur de thèse : Streiff-Fénart Jocelyne
- Adresse courriel du contact scientifique : streiff@unice.fr

Titre de la thèse :
De la migration de travail à la traite des êtres humains :
le recours au travail des étrangers en situation précaire au cœur de la mondialisation

Pour le laboratoire d’accueil (Unité de recherche Migrations et Société, URMIS, UMR 7032), il s’agit de prolonger une réflexion sur le travail précaire des étrangers, qui est au cœur de plusieurs projets de recherche du laboratoire (axe 1 du quadriennal 2009-2012) et qui a fait l’objet d’un colloque à l’Université de Nice en décembre 2007 (Nouvelles dynamiques migratoires : activités régulières et irrégulières sur le marché du travail européen).


Description du projet :
La traite des être humains est devenue, au cours des dix dernières années, une préoccupation majeure de la scène politique internationale (cf. les campagnes du Conseil de l’Europe, de l’UNESCO, OIM, etc.) et rares sont les Etats occidentaux qui n’ont pas signé de protocoles ou de motions visant à lutter contre ce phénomène. Dans le même temps, ces Etats ont érigé des barrières toujours plus restrictives contre les migrations économiques vers leurs territoires et, quand ils les autorisent, les soumettent à des contrôles toujours plus rigoureux.

L’objet de ce travail de doctorat sera d’interroger le lien entre les deux tendances, partant de l’hypothèse selon laquelle les migrations économiques les plus précaires et les situations de traite relèvent de logiques socio-économiques souvent similaires et ont dès lors des effets sociaux de même nature. Elles sont en effet inscrites dans des processus de globalisation de la main d’œuvre et de recherche de minimisation des coûts du travail. Les activités de prostitution, de service domestique, d’emploi saisonnier agricole ou dans le tourisme imposent des conditions de travail qui se situent souvent en dessous des normes nationales et font dès lors massivement appel à des travailleurs étrangers. Ce que l’on nomme la traite, notion qui reste à définir, ne serait que des cas paroxysmiques d’exploitation de personnes qui, du fait de leur statut d’étranger, se situent en dehors de la protection de l’Etat.

La recherche que nous proposons s’orienterait selon trois axes :


1. La mondialisation et la recherche d’une main d’œuvre bridée
 [1]

Il s’agira d’une part de s’intéresser à la notion contemporaine d’étranger et aux statuts qui lui sont associés. Cela conduira à interroger la fragilisation juridique de ce dernier dans la société française, et à mettre celle-ci en regard de son utilité économique [2]. Il conviendra d’étudier la multiplicité des formes légales de recours à une main d’œuvre étrangère en situation d’infra-droit et le rôle que jouent ces travailleurs légaux mais en situation d’inégalité face aux nationaux [3]. On cherchera à comprendre comment se dessinent, dans les interstices des législations étatiques, des espaces totalement relégués qui s’écartent plus ou moins sensiblement du droit du travail et donnent lieu, parfois, à des situations d’exploitation extrêmes.

2. Faire du migrant une victime ou faire de victimes des hors-la-loi ?

Un deuxième point consistera à mener une discussion critique relative à l’usage de certaines notions par les différents acteurs publics. Depuis 2001, le terme de « traite » est défini juridiquement en France et est pénalement condamnable ; ce recours est pourtant quasiment absent des tribunaux. Dans le discours associatif et celui des organisations internationales (ONU, OIM…), il participe d’une rhétorique de surenchère, aux côtés des notions d’« esclave », d’« exploitation », de « travail forcé », etc. Quelles réalités décrivent ces concepts, quels enjeux servent-ils ? Sur quoi repose le distinguo entre migrant économique précaire, condamnable ou au moins soupçonnable par essence, et victime de la traite à mettre sous la tutelle de la communauté internationale au titre du respect des droits humains ?

3. Le libre choix de la soumission ?

Une troisième perspective de recherche consistera à s’intéresser au point de vue du migrant. Comment devient-on « victime de la traite » ? Sans nier les traumatismes engendrés par la confiscation de la maîtrise de son existence [4], il semble légitime de se demander si subir la coercition est forcément synonyme d’échec en termes de projet migratoire. Peut-on considérer la « traite » comme partie de certaines stratégies migratoires en l’absence de capital social et/ou financier suffisant pour se lancer dans une migration autonome mais toujours aléatoire ? Comment, dans l’expérience des migrants, interviennent des situations d’exploitation extrême : doit-on y voir un enferment total sur toute la période migratoire de sujets fortement démunis ou bien peut-on passer d’une situation à l’autre, en fonction des ressources et des opportunités disponibles conjoncturellement ? Enfin, le statut de victime ne peut-il être instrumentalisé par ceux-là même qu’il désigne ?

L’ensemble de ces questions devra faire l’objet d’une réflexion partant, d’une part, de la littérature existante et, d’autre part, d’enquêtes de terrain conséquentes.


[1Moulier-Boutang, Y. (1998), De l’esclavage au salariat : économie historique du salariat bridé. Paris : Presses Universitaires de France.

[2Marie, C.-V. (1997), “A quoi sert l’emploi des étrangers”, in D. Fassin, A. Morice & C. Quiminal (ed.), Les lois de l’inhospitalité, 145-175. Paris : La Découverte.

[3Math, A. & A. Spire (2004), Vers une immigration permanente de travailleurs temporaires. Du mode 4 de l’AGCS aux différents régimes migratoires de travailleurs détachés : IRES.

[4Morice, “« Comme des esclaves », ou les avatars de l’esclavage métaphorique”, Cahiers d’études africaines, 179-180, 2005.