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Appel à communications : Journée doctorale pluridisciplinaire, Nice, novembre 2015

Appel à comm. JD Urmis 2015

Université Nice Sophia Antipolis, 27 novembre 2015

À l’initiative des doctorant-e-s de l’Urmis

Cet appel est pluridisciplinaire.
Il s’adresse aux doctorants de l’Urmis (Nice et Paris), ainsi qu’à tous ceux préparant une thèse en sciences humaines et sociales à l’Université Nice Sophia Antipolis.

Introduction

L’appel est partagé en deux axes thématiques inspirés des préoccupations actuelles des recherches portant sur les migrations et les catégories de l’altérité. Cependant, les problématiques que nous soumettons à la réflexion sont à même d’interroger les chercheurs de toutes les disciplines de sciences humaines et sociales.

Axes thématiques

Thème 1 - L’enquête multi-située : pertinence et spécificités d’une démarche méthodologique

L’enquête multi-située est une démarche méthodologique s’appuyant sur la multiplication des lieux d’investigation et la mise en relation de différents terrains. À l’origine, l’idée d’ethnographie multi-située a été développée aux États-Unis par des chercheurs comme Appaduraï (1991) ou Marcus (1998) afin d’analyser la réalité déterritorialisée des phénomènes sociaux de la globalisation. Désormais, cette méthode semble correspondre à un regard scientifique abordant des objets aux dimensions transnationales, multilocales, circulatoires ou réticulaires.

En France, les recherches dites multi-situées se sont développées ces dernières années avec, entre autres, les travaux de Quiminal (2000), Boesen et Marfaing (2007), Dia (2008) et Argyriadis (2009). Ces recherches effectuées multilocalement se sont intéressées aux interactions à l’œuvre entre les membres des communautés transnationales, ainsi qu’à la circulation des biens, des symboles et rituels qui configurent les réseaux de relations. Elles ont mis en évidence la nécessité de prendre en considération la mobilité physique et virtuelle des acteurs, celle des objets ainsi que les processus de relocalisation des discours et des pratiques (Argyriadis et Capone, 2011).

Les perspectives proposées par l’enquête multi-située se prêtent en particulier à l’étude des phénomènes migratoires. En effet, les travaux portant sur la migration en tant que pratique sociale, économique, culturelle ou religieuse s’engagent souvent dans une quête de ses origines et de ses impacts déterritorialisés (Semin, 2009). Cette entreprise tire son originalité, sa légitimité et sa spécificité du changement de nature et de forme des phénomènes migratoires. Ceux-ci se trouvent effectivement transformés par les évolutions technologiques dans le domaine des télécommunications facilitant les interactions entre les membres d’une communauté nationale (Mélice, 2009), et favorisant l’implication directe des migrants auprès de leur pays, famille ou village d’origine.

Dans cette perspective, le renouvellement méthodologique permettant de s’adapter aux nouvelles facettes de la migration, en vue d’appréhender finement les reconfigurations spatio-temporelles des rapports sociaux, est apparu comme une nécessité que Ghasarian a résumé en ces termes : « Les anthropologues ont une conscience de plus en plus aigüe du fait que la plupart des phénomènes qu’ils observent n’ont de sens qu’en connexion avec des significations localisées dans un ailleurs temporel et /ou géographique » (Ghasarian, 2004).

Toutefois, quels que soient leurs sujets, les méthodes ethnographiques multi-situées doivent faire l’objet d’une réflexion approfondie. En France, l’état de la question en la matière mérite d’être enrichi. Les auteurs désireux de contribuer à cette réflexion sur ce thème sont invités à proposer des pistes théoriques aussi bien que méthodologiques.

Ici, nous en proposons quelques-unes sans prétendre à l’exhaustivité :

Comment constituer ou délimiter le terrain multi-situé ? Comme établir la limite à ne pas dépasser lorsque le chercheur ne peut pas se rendre « partout » ? La collaboration entre chercheurs, équipes de recherche, n’apparait-elle pas comme un impératif méthodologique pour surmonter les difficultés relatives à l’approche multi-située ? Quels sont les avantages de la démarche coopérative ?

Comment accéder à chaque localité ? Quelles sont les compétences requises pour le chercheur ? Quels moyens techniques peut-il mobiliser pour y accéder ? Est-il possible ou acceptable de faire une enquête « à distance » utilisant des outils de communication ?

Est-il possible de comprendre l’usage par les enquêtés de catégories locales dans un contexte donné, lorsque la démarche de l’ethnographie multi-située appelle le chercheur à évoluer dans plusieurs contextes ? Comment décrire les acteurs et les événements dans une perspective de contextualisation permanente de la multi-situation d’enquête ?

Comment étudier un ensemble de pratiques qui sont à la fois diffèrent d’un contexte local à un autre et interdépendant ? Comment analyser la localisation/translocalisation des pratiques et des discours et les formes de réseaux que constituent des acteurs transnationaux ?

Si l’intérêt de la méthode d’enquête multi-située est avant tout de trouver une interaction significative entre les sites, comment peut-on l’observer ?

Dans cette méthode, quelle place occupe la démarche comparative et comment la mettre en œuvre ?

Quelles sont les limites, si elles existent, à la construction d’une ethnographie multi-située ? La juxtaposition et la comparaison des terrains est-elle possible, et si oui, à quelles conditions ?

Thème 2 - L’engagement dans la recherche et par la recherche : de la science pour qui et pour quoi ?

Toute recherche met au défi les convictions de son auteur, en particulier lorsque certaines de ces convictions sont à l’origine de la recherche-même. C’est pourquoi, de façon à établir les conditions de l’objectivité, le chercheur est souvent amené à effectuer un retour sur ses propres représentations ainsi que sur le contexte dans lequel il travaille.

Cette réflexion concerne potentiellement toutes les étapes d’une recherche, quelle que soit la discipline. Cet appel est ainsi ouvert à toutes les branches de sciences humaines et sociales, même si cette thématique s’illustre particulièrement dans certains domaines. Les études féministes et, dans une moindre mesure, la sociologie de l’immigration, illustrent cette imbrication de l’analyse scientifique et de l’action politique. Dans ces deux champs d’étude, le postulat de départ a été de partir du point de vue minoritaire pour appréhender le social.

Cette approche a un intérêt scientifique certain, en particulier celui d’appréhender les normes et l’ordre dominant pour en déconstruire le caractère « naturel », légitime et intemporel. Abdelmalek Sayad a montré combien penser l’immigration revenait à « penser l’Etat » (Sayad, 1999). Cette démarche s’est également révélée opératoire dans l’étude des catégories de l’altérité saisies notamment à partir des frontières ethniques (Barth in Poutignat et Streiff-Fenart, 2008). Dans un sillage similaire, où s’enchevêtrent lutte politique et travail scientifique, les analyses féministes ont remis en question le masculin en tant que « genre neutre » (Guillaumin, 1992 ; Delphy, 2008). Les chercheuses féministes matérialistes et les black feminists ont ainsi revendiqué leur point de vue situé, du fait de leur expérience et de leur assignation de genre, de classe et/ou de racisées, non pas comme un obstacle à la neutralité supposée du scientifique, mais comme la condition même de leur recherche et de leurs luttes. Aux États-Unis, cette approche a également été cristallisée par un certain nombre de travaux qui mettent en cause la « neutralité » de la classe blanche et leurs privilèges (Roediger, 1991 ; Frankenberg, 1993). Regroupés sous l’appellation de whiteness studies, ces chercheurs interrogent l’identité « blanche » majoritaire, autrefois invisibilisée car présentée comme la norme, en adoptant la position minoritaire. Ainsi, le point de vue minoritaire est apparu comme point d’observation privilégié des normes et de la source de légitimité des institutions sociales.

À l’heure où les études féministes, et celles concernant l’immigration et l’altérité, sont en passe de s’institutionnaliser, on peut s’interroger sur l’actualité de leur pouvoir critique (Scott, 2012). Alors que la sociologie de la domination fait l’objet de nombreuses discussions, notamment sur la position de surplomb du sociologue (Lemieux, 2013), nous souhaitons ainsi ouvrir la discussion sur les implications critiques (Fassin, 2009), mais aussi publiques (Burawoy, 2006), économiques ou professionnelles (hors-académiques) de notre recherche.

Nous invitons à questionner la relation entre posture critique et recherche dans toutes ses dimensions, et à toutes les étapes de la production de connaissances, jusqu’aux prémices politiques du rapport à votre objet, vos hypothèses, votre méthodologie d’enquête et d’analyse. N’hésitez pas aborder votre trajectoire de recherche, l’incidence des conditions économiques de sa réalisation, et les questionnements d’ordre éthique auxquels vous avez pu être confronté, dans le cadre, par exemple, d’un financement privé ou d’une bourse fléchée, mais aussi dans l’exercice de votre profession ou d’un projet de publicisation de votre recherche.

Les communications pourront aborder entres autres les thèmes suivants :

- Quels sont les enjeux entourant l’institutionnalisation d’une recherche ? En quoi le statut du chercheur, du doctorant vis-à-vis de son institution de rattachement (financement public, non financement, financement privé, etc.) influe sur les différentes étapes de la conduite de la recherche, de l’élaboration du terrain à la communication ?

- Quelles peuvent être les implications méthodologiques d’un engagement politique ? Faut-il s’en prémunir ou bien les assumer ? La recherche implique-t-elle nécessairement de travailler sur son rapport aux valeurs ?

- Quelles trajectoires peuvent prendre les positions politiques au cours de la recherche ?

- La recherche est-elle « utile » ? Doit-elle l’être ? Quel rôle peut occuper l’universitaire face à l’actualité et dans la sphère médiatique ?

- Comment faire connaître et partager la réflexion qui accompagne la recherche ?

- Dans certains cas, l’approche politique peut-elle devenir injonction ?

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Modalités de soumission

Cet appel à communiquer est initié par les doctorants de l’Unité de Recherche Migrations et Société (Urmis) de l’Université Nice Sophia Antipolis. Il s’adresse aux doctorants de l’Urmis des équipes de Nice et de Paris, ainsi qu’à ceux préparant une thèse en sciences humaines et sociales à l’Université Nice Sophia Antipolis.
Une proposition devra comporter l’intitulé de la thématique choisie, un titre, un résumé (500 mots maximum), et quelques références bibliographiques. Le laboratoire de rattachement du doctorant devra également être indiqué.
La date limite pour l’envoi des propositions de communication est fixée au lundi 13 juillet 2015. Elles devront parvenir par courriel à l’adresse suivante : doctorants.urmis.2015@gmail.com. Les résultats de la sélection du comité scientifique seront communiqués le vendredi 17 juillet 2015. Par la suite, les textes des communications (de 10.000 à 15.000 signes, espaces compris) devront être remis au plus tard le 05 octobre 2015.

Comité scientifique et d’organisation :
Jean-Philippe Blanchard ; Giulia Breda ; Élodie Grossi ; Abdourahmane Mangane ; Prune de Montvalon ; Aurore Mottet ; Yumiko Tahata ; Arihana Villamil.

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Références bibliographiques citées
- APPADURAÏ Arjun (1991), « Global ethnoscapes. Notes and queries for a transnational anthropology », in : FOX Richard Gabriel (dir.), Recapturing anthropology. Working in the present, School of American Research Press, Santa Fe, pp. 190-210.
- ARGYRIADIS Kali (2009), « Réseaux transnationaux d’artistes et relocalisation du répertoire "afro-cubain" dans le Veracruz », Revue européenne des migrations internationales, vol. 25 - n°2.
- ARGYRIADIS Kali et CAPONE Stefania (2011), La religion des orisha. Un champ social transnational en pleine recomposition, Hermann, Paris.
- BARTH in POUTIGNAT Philippe et STREIFF-FÉNART Jocelyne (2008), Théories de l’ethnicité. Suivi de Les groupes ethniques et leurs frontières, Quadrige Manuels sociologie, Presses Universitaires de France, Paris.
- BOESEN Elisabeth et MARFAING Laurence (2007), Les nouveaux urbains dans l’espace Sahara-Sahel. Un cosmopolitisme par le bas, Karthala, Paris.
- BURAWOY Michael (2006), « Pour la sociologie publique », Socio-logos. Revue de l’association française de sociologie, n°1.
- DELPHY Christine (2008), Classer, dominer : qui sont les « autres » ?, La fabrique, Paris.
- DIA Hamidou (2008), « Villages multi-situés du Fouta-Toro en France : le défi de la transition entre générations de caissiers, lettrés et citadins », Asylon(s), n° 3.
- FASSIN Didier (2009), « Une science sociale critique peut-elle être utile ? », Tracés. Revue de Sciences humaines, n°9, pp. 199-211.
- FRANKENBERG Ruth (1993), White Women, Race Matters : The Social Construction of Whiteness, University of Minnesota Press, Minneapolis.
- GHASARIAN Christian (dir.) (2002), De l’ethnographie à l’anthropologie réflexive. Nouveaux terrains, nouvelles pratiques, nouveaux enjeux, Armand Colin, Paris.
- GUILLAUMIN Colette (1992), Sexe, race et pratique du pouvoir : l’idée de nature, Recherches, Côtés-femmes, Paris. « 
- LEMIEUX, Cyril (2013), « Peut-on ne pas être constructiviste  ? » Politix 100 (4), pp. 169–187.
- MARCUS George E. (1986), « Contemporary problems of ethnography in the modern world system », in : CLIFFORD James et MARCUS George E. (dir.), Writing culture : the poetics and politics of ethnography, University of California Press, Berkeley, pp. 165-193.
- MARCUS George E. (1998), Ethnography through thick and thin, Princeton University Press, Princeton.
- MÉLICE Anne (2006), « Un terrain fragmenté », Civilisations, n° 54, pp. 67-76.
- QUIMINAL Catherine (2000), « Construction des identités en situation migratoire : territoire des hommes, territoires des femmes », Autrepart, n° 14, pp. 107-120.
- ROEDIGER David (1999), The Wages of Whiteness : Race and the Making of the American Working Class, Verso, London.
- SAYAD Abdelmalek (1999), « Immigration et Pensée d’Etat », Actes de la recherche en sciences sociales, n°129, pp. 5-14.
- SCOTT Joan W. (2012), De l’utilité du genre, Fayard, Paris.
- SEMIN Jeanne (2009), « L’ethnologue dans les réseaux économiques des femmes migrantes : modes de présence simultanée entre la France et l’Afrique », Revue européenne des migrations internationales, vol. 25, n°3, pp. 101-113.
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