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Appel à communications pour la journée des doctorant-es de l’Urmis : "Les langages de la recherche sur les migrations et les relations interethniques"

La journée des doctorant·e·s de l’Urmis aura lieu le 25 novembre 2016 à Paris. Elle est intitulée : Les langages de la recherche sur les migrations et les relations interethniques. L’appel à communications est ouvert jusqu’au 1er octobre 2016.

Les métiers de la recherche amènent à recueillir des données traversées par les langages de ceux et celles qui les produisent. On parle par exemple de langage institutionnel, de langage ordinaire, de discours politique, du langage des experts ou encore de celui des journalistes. Pour en proposer une analyse scientifique, il est commode de les déconstruire. Sur un autre versant, la·le chercheur·e est conduit·e à régulièrement communiquer ses analyses, s’adaptant à différent·e·s interlocuteurs·trices, contextes et auditoires : ici, sa propre pratique langagière est mise en jeu.

Appel à communications 2016

Cette année, la journée des doctorants·e·s de l’Urmis est l’occasion de questionner les langages qui traversent la recherche sur les migrations et les relations interethniques. Sont proposés trois axes de réflexion portant sur les rapports de la·du chercheur·e aux différents langages qui parcourent son travail, du recueil de données à la restitution des résultats. Le premier axe porte sur les problèmes langagiers que suppose l’immersion au sein d’un terrain d’études. Le deuxième axe pose la question du traitement analytique des discours, des paroles recueillies. Le troisième axe interroge l’adaptation des langages de la recherche aux outils (édition, médias audiovisuels, etc.) disponibles et/ou imaginés pour partager les travaux à l’intérieur et à l’extérieur des cercles universitaires.

Axe 1 - Immersion et recueil des données : composer avec les langages du terrain

La·le chercheur·e est confronté·e à des difficultés linguistiques sur son terrain. Pour les surmonter, il peut lui être nécessaire d’apprendre une ou plusieurs langues ou de faire appel à des intervenant·e·s extérieur·e·s tels qu’un·e interprète ou un·e traducteur·trice. Aussi, même lorsqu’elle·il se penche sur le monde social dont elle·il pense être issu·e ou maîtriser les codes, la·le chercheur·e est régulièrement confronté·e à des usages différenciés du langage (verbal ou non verbal). Cela invite à appréhender les antagonismes sociaux qui traversent une communauté sémiotique : un même terme (un ethnonyme, par exemple) est souvent chargé de valeurs contradictoires selon la position des acteurs·trice dans les rapports sociaux et le contexte d’énonciation. Il en résulte des décalages et des incompréhensions, reflets de rapports sociaux qui s’actualisent dans la relation d’enquête. Les terrains guidés par une compréhension des phénomènes migratoires, des processus d’altérisation ou des relations interethniques peuvent être particulièrement marqués par ce défi qu’est le langage.
Dans quelles conditions les décalages de langage se présentent-ils comme un obstacle et/ou une ressource pour la recherche ? Comment les qualifier et les mettre en valeur ? Dans des cas plus précis, comment le langage peut-il être utilisé par des acteurs·trices pour se distinguer d’autres ? Comment la·le chercheure peut-elle·il négocier ces stratégies lors des enquêtes ? Comment garder une posture scientifique face aux mots employés par les enquêté·e·s, notamment lorsque certaines expressions sont sujettes à des débats conceptuels ou à des luttes politiques ? Qu’implique le recours à des personnes jouant le rôle de médiateur·trices linguistiques entre un·e chercheur·e et le terrain ?

Axe 2 - Analyse et traitement des langages du terrain : composer avec le lectorat, l’auditoire, les enquêté·e·s

Le traitement écrit des données implique d’autres enjeux de langage. Élaborée à partir des discours recueillis, la description ethnographique est souvent une interprétation de deuxième ordre. Visant à traduire le monde vécu et la subjectivité des enquêté·e·s, elle est contrôlée par la·le chercheur·e et, dans la plupart des cas, elle est destinée au dialogue entre universitaires. D’autre part, la diffusion des travaux incite à adapter ses propres mots au regard des attentes extérieures. La·le chercheur·e doit alors traduire ses travaux afin de pouvoir dialoguer en contexte d’interdisciplinarité ou avec le monde de l’édition, de la presse, des associations, des mouvements sociaux ou des entreprises. Partager avec des non-initié·e·s (au sein d’universités populaires, de ciné-débats, par le blogging, etc.) invite encore à proposer d’autres façons de communiquer. En fonction des attentes spécifiques et de l’effet voulu, les choix de mise en forme et de vocabulaire peuvent différer.
Comment restituer les discours du terrain en fonction d’un lectorat ? D’un autre côté, quel langage utiliser afin de restituer ses résultats aux enquêté·e·s ? Au moment de diffuser ses résultats, comment penser une stratégie en termes rhétoriques, de contenu, d’expressions employées, en fonction de différent·e·s interlocuteurs·trices, contextes et auditoires ? Quelle « politique de la traduction » adopter pour rendre compte de ces discours à rebours d’une relation d’enquête fondamentalement asymétrique ?

Axe 3 - Les langages de la médiation : composer avec les outils audiovisuels

Photographies, films, enregistrements sonores peuvent accompagner un texte. Depuis les années 90, un regain d’intérêt pour l’anthropologie visuelle a accompagné une large diffusion des logiciels de montage, d’animation ou à des éditeurs d’images – outils grâce auxquels il est possible de réaliser des « productions socio-anthropologiques audiovisuelles. » L’utilisation d’une image fixe ou d’un extrait d’enregistrement sonore peut répondre à des objectifs divers voire contradictoires. Singulièrement, les thématiques que constituent les migrations et les relations interethniques se voient régulièrement appliquer des traitements médiatiques sensationnalistes et politisés. Les possibilités offertes par les outils audiovisuels peuvent permettre aux chercheur·e·s de proposer, par un traitement scientifique des données, une lecture alternative de ces thématiques. Également, ces outils permettent de recomposer des enjeux langagiers rencontrés sur le terrain et d’enrichir les langages de la médiation scientifique. Ces langages changent en fonction des innovations technologiques, ce qui pousse les chercheur·e·s à réfléchir aux possibilités que proposent celles-ci.
Quels avantages et éventuels obstacles peuvent présenter les outils de création audiovisuelle ? Comment traduire avec justesse les réalités sociales et les enjeux méthodologiques liés aux langages en faisant usage des outils audiovisuels ? Les problématiques langagières introduites dans les axes 1 et 2 peuvent-elles être exprimées à l’aide de ces formats ? Poussent-ils à repenser la méthodologie d’enquête, les stratégies de diffusion et l’écriture scientifique ?

Pour chaque axe, les questions ne sont que suggestives. Tout·e contributeur·trice abordant la problématique langagière à partir de ses propres recherches sera bienvenu·e.

Bibliographie indicative

  • ABU-LUGHOD Lila (2010 [1991]), « Écrire contre la culture. Réflexions à partir d’une anthropologie de l’entre-deux », in CEFAÏ Daniel (dir.), L’engagement ethnographique, Paris, EHESS.
  • ACHARD Pierre (1993), Sociologie du langage, Paris, PUF (Que sais-je ?).
  • ASAD Talal (1986), « The Concept of Cultural Translation in British Social Anthropology », in CLIFFORD J., MARCUS G. (dir.), Writing Culture. The Poetics and Politics of Ethnography, Berkeley, University of California Press, pp. 141-164.
  • BARTH Fredrik, (1995 [1969]). « Les groupes ethniques et leurs frontières », in Théories de l’ethnicité, POUTIGNAT, Philippe, STREIFF-FENART, Jocelyne, Paris, PUF, pp. 203-249.
  • BAZIN Jean (1985), « À chacun son Bambara », in Au cœur de l’ethnie, AMSELLE Jean-Loup, M’BOKOLO Elikia (dir.), Paris, La découverte, 1985, pp. 87-125.
  • BEAUD Stéphane, WEBER Florence (2003), Guide de l’enquête de terrain, Paris, La Découverte.
  • BOURDIEU Pierre (1982), Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, Paris, Fayard.
  • CHAKRABARTY Dipesh (2009 [2000]), « Comment traduire des mondes vécus dans les catégories de travail et d’histoire » in Provincialiser l’Europe : la pensée postcoloniale et la différence historique, Paris, Éditions Amsterdam.
  • CLIFFORD James (1996 [1988]), « De l’autorité en ethnographie », in Malaise dans la culture : l’ethnographie, la littérature et l’art au XXe siècle, Paris, Éditions de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts.
  • COLLEY Jean-Paul (2012), « Champ et hors champ de l’anthropologie visuelle, L’Homme, n°203-204, pp. 457-480.
  • DOLE-NOUVEAU Christine, DUTEIL-OGATA Fabienne (2012), « Mettre en ligne un contenu numérique en anthropologie visuelle », Journal des anthropologues, n°130-131, pp. 331-354.
  • GEERTZ Clifford (1996 [1988]), Ici et là-bas : l’anthropologue comme auteur, Paris, Métailié.
  • ––––––––. (1998 [1973]) « La description dense », in Enquête, 6 | 1998.
  • GLASER Barney G., STRAUSS Anselm A. (2010 [1967]), La découverte de la théorie ancrée. Stratégies pour la recherche qualitative, Paris, Armand Colin.
  • GOFFMANN Erving (1988 [1981]), Façons de parler, Paris, Éditions de Minuit.
  • MACDOUGALL David (2004), « L’anthropologie visuelle et les chemins du savoir », Journal des anthropologues, n°98-99, pp. 233-279.
  • MICHARD-MARCHAL Claire, RIBÉRY Claudine (1985), « Énonciation et effets idéologiques : les objets de discours “femmes” et “hommes” en ethnologie », in MATHIEU, Nicole-Claude (ed.) L’arraisonnement des femmes. Essais en anthropologie des sexes, Paris, Éditions de l’EHESS, pp. 147-167.
  • OLIVIER DE SARDAN Jean-Pierre (2000), « Le “ je ” méthodologique: Implication et explicitation dans l’enquête de terrain », Revue française de sociologie, 2000.
  • POUTIGNAT Philippe, STREIFF-FENART Jocelyne (1995), Théories de l’ethnicité, Paris, PUF.
  • SPIVAK Gayatri Chakravorty (1993), « The politics of translation » in Outside the teaching machine, p. 179-200.


Modalités de soumission et calendrier :

Cet appel s’adresse aux doctorant·e·s et aux étudiant·e·s de Master 2 recherche de l’Unité de recherche Migrations et société (Urmis Nice et Urmis Paris), ainsi qu’aux laboratoires partenaires, quelle que soit leur discipline.
Une proposition de communication devra comporter ces éléments : le nom de l’axe auquel elle répond, un titre, un résumé (400 mots maximum) et quelques références bibliographiques.
La date limite pour l’envoi des propositions est fixée au samedi 1er octobre 2016. Elles devront parvenir par courriel à l’adresse suivante : doctorants.urmis.16@gmail.com. Ensuite, il sera demandé aux auteur·e·s des propositions retenues de remettre le texte de leur communication (de 10.000 à 15.000 signes, espaces compris) pour le lundi 31 octobre. La journée d’étude aura lieu le vendredi 25 novembre 2016 à l’Université Paris Diderot.


Comité scientifique et d’organisation :

Armand Aupiais-L’homme, Jean-Philippe Blanchard, Giulia Breda, Victoire Chalin, Abdourahmane Mangane, Tara Mousavier, Pauline Picot.

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