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En souvenir de François Vourc’h

En souvenir de François Vourc'h

(Photo de France Ferrieux-Aubert)

Les membres de l’Unité de Recherche Migrations et Société ont la profonde tristesse d’annoncer le décès, à 63 ans, de François Vourc’h, chercheur au CNRS et membre fondateur du laboratoire. Sa famille et ses amis lui ont rendu un dernier hommage le 27 mars au cimetière du Père Lachaise.

François a fait ses études de sociologie à Nanterre et a commencé sa carrière de chercheur au CNRS a la fin des années 1970, au Laboratoire d’études et de recherches sociologiques sur la classe ouvrière, à Nantes, alors dirigé par Michel Verret et Jean-Claude Passeron.

En 1989, il rejoint la petite équipe URMIS — composée de Maryse Tripier, Isabel Taboada-Leonetti, Michelle Guillon et Véronique De Rudder — au sein du Laboratoire de sociologie du changement institutionnel, dirigée, à Paris, par Renaud Sainsaulieu. Il a ensuite accompagné chacune des phases de son expansion et de sa reconnaissance académique. Il n’est pas exagéré de dire que sans lui, la création institutionnelle de l’URMIS comme laboratoire autonome (« jeune équipe » puis UMR), n’aurait pas été possible.

En 2007, il a rejoint le Groupe d’analyse du social et de la sociabilité (CNRS/Université Paris 8) et participé à la fondation du Laboratoire d’analyses socio-anthropologiques du contemporain, l’une des trois équipes du centre de recherches SOPHIAPOL (Université de Paris-Ouest, Nanterre La Défense), équipe dirigé par Philippe Combessie [cf . Hommage en ligne : http://sophiapol.hypotheses.org/8253 ]

Si l’on excepte quelques travaux menés en tant que vacataire — dont, en 1974 déjà, une recherche sur l’habitat insalubre et les immigrés en Seine-Saint-Denis avec Véronique De Rudder et, en 1976, une enquête sur les syndicats et les immigrés avec Maryse Tripier — François Vourc’h a d’abord œuvré en sociologie des professions, étudiant successivement les travailleurs des transports, de la marine marchande, de la pêche artisanale, puis les comédiens.

Au sein de l’URMIS, il a mené de très nombreuses recherches, sur les stratégies d’insertion des immigrés et de leurs descendants, les relations interethniques dans l’univers du travail, le racisme et les discriminations, les recensements et statistiques « ethniques », les liens entre racisme, sexisme et classisme, etc… Il a été responsable et/ou cheville ouvrière de plusieurs programmes de recherche français et européens.

Il s’est dépensé sans compter dans la vie du laboratoire, prenant plus que sa part dans son administration et sa gestion auprès de ses directrices parisiennes successives (Maryse Tripier, Catherine Quiminal). Surmontant son faible attrait pour l’institution en général, il a accepté de siéger dans des commissions de spécialistes et des conseils d’université lorsqu’il estimait devoir y représenter l’équipe ou y défendre des objets et des orientations de recherche fondamentaux.

Il a promu des débats, organisé des séminaires, fait circuler des ouvrages et des articles novateurs ou précurseurs. Il a, tout particulièrement, encadré et-ou accompagné, dans un esprit de coopération et de partage jamais pris en défaut, de nombreux doctorants et jeunes chercheurs.

Il menait aussi d’autres travaux. Il a ainsi collaboré à des ouvrages et des films de Mehdi Lallaoui sur l’histoire coloniale et de l’immigration (« Du bidonville au HLM », « Les Kabyles du Pacifique ») et sur l’histoire de l’anesthésie comme science et technique, en mémoire de son père pionnier en la matière (« Regard sur l’anesthésie d’hier »).

François Vourc’h était profondément attaché à la République : celle des Lumières, où l’humanisme et l’universalisme font loi, et fondent le droit.

Il était révolté par les traitements inégalitaires et la domination qui structurent, en France, un ordre social raciste et sexiste qu’il n’a cessé de dénoncer et de combattre.

S’il était très sensible aux situations et aux faits culturels minoritaires, il n’acceptait pas qu’un relativisme culturel dévoyé entrave la reconnaissance ou l’exercice de la pleine citoyenneté de ceux qui sont ainsi maintenus à part, du fait de leurs « origines », réelles ou supposées.

Ceux qui ont connu François n’oublieront jamais sa profonde humanité, son immense générosité, son exigence sincère. Ils continueront de bénéficier de son rayonnement.

Tous adressent à Adeline Schlumberger-Vourc’h, sa femme, à Gaétan et Gwenaël, ses enfants et à Amir, Naïline et Lilwen, ses trois petits enfants leur profonde et sincère sympathie.


Véronique De Rudder-Paurd et François Vourc’h ; « Le marché de l’insalubre ». Espaces et sociétés, n° 24-27, 1978.

Catherine Paradeise et François Vourc’h ; Problèmes de régulation d’un marché du travail corporatiste : la marine marchande. Nantes : LERSCO, 1982

Catherine Paradeise, avec la collaboration de Jacques Charby et François Vourc’h ; Les comédiens. Profession et marchés du travail. Paris : Presses universitaires de France , 1988.

François Vourc’h, Véronique De Rudder et Maryse Tripier ; « Racisme et discrimination dans le travail : une réalité occultée ».L’Homme et la Société, (“Citoyenneté et lutte de classes”), n° 121-122/2-4, 1996.

Véronique De Rudder, Christian Poiret et François Vourc’h ; L’inégalité raciste. L’universalité républicaine à l’épreuve. Paris : Presses universitaires de France, (collection "Pratiques théoriques"), 2000.

François Vourc’h et Véronique De Rudder ; « Positions libérales, positions radicales dans la lutte contre les inégalités racistes » : Cahiers de l’URMIS, n° 10-11, déc. 2006.
[en ligne] : http://urmis.revues.org/document243.html

François Vourc’h et Véronique De Rudder ; « Quelles Statistiques pour quelle lutte contre les discriminations ? ». L’Homme et la Société, n°160-161, 2, 2006. URL : www.cairn.info/revue-l-homme-et-la-societe-2006-2-page-239.htm. DOI : 10.3917/lhs.160.0239.

Véronique De Rudder et François Vourc’h ; « Les discriminations racistes dans le monde du travail », in Didier Fassin et Eric Fassin, De la question sociale à la question raciale ? : Paris, La Découverte. 2010.