Accueil > Recherches > Thème 2 : Fabriques de l’altérité, racisme et discriminations

Programme 2.1 : Mobilités et figures de l’altérité

- Chercheures : F. Lestage, S. Potot, C. Quiminal, J. Streiff-Fénart
- Chercheur associé : Ph. Poutignat
- Doctorant-e-s : M. Belqasmi, N. Liberona, L. Tassin

La production de nouvelles catégories de l’altérité peut tout d’abord être repérée dans les représentations produites par les flux migratoires eux-mêmes. Ces derniers jouent non seulement sur la mobilité, mais modifient également le rapport à l’altérité dans de nombreux pays d’origine et/ou d’accueil et/ou de passage. Les travaux de l’URMIS en Afrique subsaharienne, au Maghreb ou en Amérique latine mettent en évidence la richesse d’une analyse des représentations de l’altérité directement associées aux expériences migratoires, aux statuts dans la migration. Ces catégories mouvantes redessinent les frontières des « communautés imaginées » nationales, culturelles, ethniques ou familiales, ou débouchent parfois, au contraire, sur des stratégies individuelles d’émancipation et d’autonomisation par rapport au groupe.

Les recherches de ce programme s’interrogent sur les constructions/représentations de l’altérité et sur les multiples formes de constructions du « national » et de « l’étranger », tant dans les pays de départ que dans les pays d’arrivée. Un moyen heuristique pour approcher les imaginaires et les représentations de l’expérience migratoire est de s’intéresser aux catégories lexicales vernaculaires ou vernacularisées qui ont servi, ou servent à énoncer le « partir », le voyage migratoire ; à désigner, distinguer et nommer les émigrés en fonction des destinations et localisations, des statuts dans la migration — étudiants, travailleurs manuels, élites sportives, intellectuelles, artistiques, politiques, individus nés en diasporas. Les travaux rassemblés ici abordent la problématique des figures de l’altérité en lien avec les entraves à la mobilité et les processus de catégorisation et de criminalisation des groupes qui émergent et circulent entre espaces d’émigration et espaces d’immigration.

Un premier ensemble de travaux porte sur les nouvelles figures de l’altérité en Afrique de l’Ouest, au Maghreb et en Amérique latine en s’interrogeant sur la façon dont les sociétés d’origine des migrants perçoivent le statut de « clandestin » et sur la réinsertion des expulsés et refoulés dans les sociétés locales ; sur les situations de délitement qu’entraînent, dans les zones de départ, les réglementations qui président aux circulations sud-nord et leurs effets de désaffiliation des appartenances nationales, villageoises, familiales ; sur les tentatives de transformation des liens de solidarité et d’entraide entre migrants sous forme d’organisation collective se manifestant dans l’espace public.

D’autres travaux portent sur la production de nouvelles catégories de la marginalité (« sans papiers », « clandestins », « retenus », « déboutés », …) qui incarnent les limites entre le dedans et le dehors de l’Etat.

Ces questions seront abordées à partir des enquêtes suivantes :

- Associations d’expulsés et de refoulés au Sénégal, en Mauritanie et au Mali (J. Streiff-Fénart et Ph. Poutignat)
- Jeunes migrants tunisiens expulsés (S. Potot)
- Redéfinition de la question migratoire au Mali (C. Quiminal)
- La question de l’aide aux migrants au Mexique (F. Lestage)

Thèses en cours : la question sociale des migrants péruviens au Chili (N. Liberona) ; les migrations des Roms d’Europe centrale et orientale (M Belqasmi) ; la production de la marginalité dans les politiques migratoires européennes et dans les dispositifs de sécurisation des frontières en France, en Italie et en Grèce (L. Tassin).