Accueil > Recherches > Thème 4 : Circulation des objets et des signes culturels

Programme 4.2. Usages socioéconomiques de l’ethnicité

- Chercheur-e-s : K. Argyriadis, G. Frigoli, N. Puig, C. Rinaudo.
- Doctorant : O. Pollet

La reconfiguration du rapport majoritaire/minoritaire à partir du développement des industries créatives et touristiques constitue un champ travaillé par les usages sociaux et économiques de l’ethnicité. Les recherches menées depuis les années 1990 sur les activités économiques en lien avec des minorités ethniques ont montré l’existence et le développement de marchés « de niche » dans différents domaines. Il sera question ici de prendre la mesure et d’analyser l’évolution de la place occupée par les minorités ethniques — et la redéfinition de la « question raciale » qui en découle — dans la production des cultures dominantes. Les professionnels du marché qui s’intéressent à ces secteurs ont bien pris conscience, sur le modèle américain, que les minorités sont faiseuses de tendances et que les jeunes des milieux populaires sont devenus à la fois de grands consommateurs et des prescripteurs de mode pour toutes sortes de produits vendus à un public plus large. Ces pratiques invitent à prendre en compte dans l’analyse les confrontations entre le développement de formes mondialisées de consommations identitaires productrices d’imaginaires transnationaux (« tourisme ethnique », « beauté noire et métissée », « musique noire », etc.) et les ancrages nationaux qui contribuent à leur structuration et à leurs reformulations.

Ce programme examine également un ensemble d’enjeux liés à l’apparence physique des personnes. À une perception encore dominante aujourd’hui, selon laquelle cette dernière constituerait une donnée indélébile de l’identité de chacun, on doit opposer une évidence d’un autre ordre : c’est le fait incontestable que la manipulation délibérée de l’apparence physique est en passe de devenir une industrie et un marché toujours plus important, qui n’obéit pas seulement à des logiques purement individuelles mais peut-être plus décisivement encore, à des idéaux ‘ethniques’ clairement identifiables comme tels (blanchiment de la peau, chirurgie esthétique du visage, prothèses diverses, etc.). Ce ne sont pas les jugements de valeur en terme d’aliénation ou de futilité qu’il s’agit d’interroger, mais bien les contenus de la pratique de gestion et de transformation des apparences : usages des catégorisations ethniques et raciales dans les actes contemporains de transformation du corps, choix de mise en scène de soi mettant l’emphase sur des codes évoquant telle ou telle « origine » ethnoculturelle, etc.

Ces questions seront abordées à partir des enquêtes suivantes :

- Gestion des apparences par les danseurs et musiciens interprètes du répertoire afro-cubain originaires de Cuba et du Mexique (K. Argyriadis)
- Fabriques marchandes de l’altérité (G. Frigoli)
- Chirurgie esthétique, production des visages et ethnicité au Liban (N. Puig)
- Industries créatives et valorisation marchande de la différence en France et au Mexique (C. Rinaudo)
- Les nouvelles figures de l’artiste universel (Denis Vidal)

Thèse en cours : Ethnicité, nation et développement du tourisme au Mexique (O. Pollet)