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Séminaire CERMA (Mondes américains)- URMIS : Anthropologie des sociétés post esclavagistes. Lectures transatlantiques. Fabriques de territorialité. Interstices, frontières, ancrages.

PROGRAMME ANNUEL 2015-2016

Coordination : Odile Hoffmann, Anne-Marie Losonczy

EHESS, Ave France, Paris 75013, Le troisième lundi du mois de 9 à 13 heures. Salle 015.

- Lundi 16 novembre 2015
Séance introductive, terrains et méthodes
Anne Marie Losonczy
Odile Hoffmann
- 18 décembre 2015 (SÉANCE EXCEPTIONNELLE LE VENDREDI, en salle 1)
Irène Bellier,
Terres, territoires et ressources au cœur des questions autochtones
Edgardo Manero,
La dimension stratégique de l’altérité en Argentine. Guerre et paix dans la cité, entre l’Autre politique et l’Autre social.
- Lundi 18 janvier 2016
David Jabin,
Un modèle de subordination amérindienne : l’esclavage yuqui
Pascale de Robert,
Mémoires d’arbres. Du travail forcé à l’extrativisme choisi, histoires Mebêngôkre de la noix du Brésil
- Lundi 15 février 2016
Véronique Boyer,
Les recompositions spatio-territoriales d’une fête catholique amazonienne : religieux, folklorique, culturel, profane.
Kali Argyriadis,
Occuper rituellement la ville. Stratégies de légitimation des dévots de la Santa Muerte à Veracruz (Mexique)
- Lundi 21 mars 2016
Aurelia Michel,
Populations noires dans la transition métropolitaine brésilienne
Marie Chosson,
« Municipaliser » le paysage symbolique. Enjeux et modalités d’une demande de reconnaissance administrative dans une localité indigène du Chiapas, Mexique.
- Lundi 18 avril 2016
Olivia Ange,
Le parc de la pomme de terre. Construction territoriale, identités et protection de la biodiversité dans les Andes Péruviennes
Catherine Bourgeois,
À l’ombre des manguiers Jean-Marie. Territorialités, mobilités et interactions en zone frontalière dominico-haïtienne.
- Lundi 23 mai 2016
Virginie Milliot,
Les territoires contestés de la rue
Diana Szano,
Territorialisation de l’oppression et ancrage territorial des revendications civiques chez les mendiants handicapés a Freetown, Sierra Leone


RÉSUMÉS


Kali Argyriadis, territorialités transnationales
Occuper rituellement la ville. Stratégies de légitimation des dévots de la Santa Muerte à Veracruz (Mexique)

Le culte à la Santa Muerte s’est développé récemment au Mexique dans un contexte de violence extrême (violence criminelle, politique, sociale et médiatique). Combattu par l’Église catholique et accusé de "narcosatanisme", à Veracruz la Santa Muerte a d’abord fait irruption dans l’espace public via les corps des possédés "soignés" au cours des messes exorcistes publiques de Puente Jula, ou plus récemment sur les cadavres mutilés des supposés "narcos" exhibés dans les médias. En contrepoint, ses adeptes déploient depuis 2005 diverses stratégies pour légitimer et enraciner localement leurs pratiques. A partir d’une ethnographie du port de Veracruz, j’essayerai d’analyser la logique spatiale d’investissement rituel de la ville et de ses environs. Ainsi, si les dévots de la Santa Muerte sont aujourd’hui issus de toutes les classes sociales, il apparaît que les lieux de culte visibles sont principalement implantés dans les espaces les plus marginalisés (marchés du centre, quartiers périphériques pauvres et bidonvilles). Les leaders de plusieurs groupes de prières ont entrepris, sur le modèle des groupes de "danzantes aztecas", une conquête spirituelle de l’espace urbain en organisant des veillées, des processions et des rituels d’offrandes en divers lieux symboliques comme le parvis de la cathédrale, la scène de la place centrale, les plages qui jouxtent les quartiers huppés ou les sites archéologiques. A travers l’observation des rapports de pouvoir inter-groupes qui sous-tendent ces initiatives, je tenterais également de comprendre quelle éventuelle redéfinition des clivages sociaux locaux se joue ici.


Catherine Bourgeois
À l’ombre des manguiers Jean-Marie. Territorialités, mobilités et interactions en zone frontalière dominico-haïtienne.

La frontière entre Haïti et la République dominicaine est un vestige des anciens empires coloniaux français et espagnol. À l’époque coloniale, la région frontalière était habitée par des marrons, des contrebandiers et des éleveurs de bétail. Malgré les tentatives espagnoles de freiner la contrebande, elle est rapidement devenue un haut lieu d’échanges commerciaux particulièrement avec les colons français. Au fil du temps, le type d’économie développée localement, la faible densité de population et l’éloignement par rapport aux centres urbains ont favorisé l’émergence d’une société mixte, bilingue, profondément transfrontalière et relativement étrangère aux préoccupations nationalistes des pouvoirs centraux.
Au début du 20e siècle, l’occupation américaine dans l’île conjuguée au processus de construction nationale dominicain ont progressivement modifié, au sein de cette société mixte, les notions d’appartenance/identification et de territorialité. Le massacre de la population haïtiano-dominicaine en 1937 et l’important investissement de l’État dominicain dans la région qui s’en est suivi, ont accéléré le processus de construction nationale. La prohibition et la répression des relations transfrontalières, la fermeture de la frontière pendant cinquante ans ainsi que la propagande nationaliste dominicaine ont profondément modifié la société frontalière en termes de modes de circulations dans cet espace mais aussi de catégories d’appartenance/identification.
La frontière entre Haïti et la République dominicaine a été rouverte à la fin des années 1980, permettant la reprise des contacts et le développement d’importants échanges commerciaux au niveau local. Toutefois en dépit de cette réouverture, je montrerai sur base d’une enquête ethnographique que les mobilités frontalières et transfrontalières ainsi que les modalités d’interactions entre Haïtiens et Dominicains se déclinent aujourd’hui sur un mode bien différent qu’au début du 20e siècle et qu’elles sont profondément marquées par les politiques et discours nationalistes développés depuis la fin des années 1930.


Marie Chosson
« Municipaliser » le paysage symbolique. Enjeux et modalités d’une demande de reconnaissance administrative dans une localité indigène du Chiapas, Mexique.

La plupart des localités à population majoritairement indigène de l’état du Chiapas bénéficièrent, jusqu’aux lendemains de la révolution mexicaine, d’une certaine indépendance administrative. La réorganisation administrative et le rattachement de certaines localités à un nouveau chef-lieu, en général métisse, eut pour principale conséquence un décalage entre la configuration des frontières administratives et celles vécues par ses habitants. Cette communication se propose de revenir sur les arguments avancés par les acteurs engagés dans le processus de revendication d’indépendance administrative du village tseltal d’Aguacatenango ; arguments soulignant la légitimité d’un territoire constitutif d’une identité particulière, envisagé comme un espace déterminé géographiquement par l’autorité idéologique qui s’y exerce.


David Jabin
Un modèle de subordination amérindienne : l’esclavage yuqui

En Amazonie bolivienne, durant les années 1960 et 1990 plusieurs groupes yuqui, chasseurs-cueilleurs de langue tupi-guarani furent sédentarisés par les missionnaires évangélistes de la New Tribes Mission. Tous ces groupes yuqui présentaient une structure politique semblable : à la tête de chaque groupe on trouvait un chef autoritaire maître de nombreux esclaves.
En premier lieu, nous présenterons l’esclavage yuqui : une institution basée sur une théorie particulière de la procréation et sur des constructions sociales relatives à l’apparence physique de certains individus.
En second nous tenterons de répondre à ces deux questions :
- Dans quelle mesure des phénomènes liés à la territorialité, comme l’avancée de la frontière de colonisation interne, peuvent-ils être considérés comme des facteurs ayant permis l’émergence de l’esclavage yuqui ?
- Qu’advient-il aujourd’hui de cet esclavage amérindien suite à la missionnarisation, à la monétarisation, à la scolarisation et à la connexion chaque jour plus grande avec l’État bolivien ?

  • SANTOS GRANERO Fernando, « Amerindian Torture Revisited : Rituals of Enslavement and Markers of Servitude in Tropical America », Tipití : Journal of the Society for the Anthropology of Lowland South America, 2005, vol. 3, no 2, p. 147-174.
  • STEARMAN Allyn MacLean, « The Yuqui Connection : Another Look at Sirionó Deculturation », American Anthropologist, 1984, vol. 86, no 3, p. 630-650.
  • TESTART Alain, « L’esclavage comme institution », L’Homme, 1998, vol. 38, no 145, p. 31-69.

Aurelia MICHEL
Populations noires dans la transition métropolitaine brésilienne

Dans le cadre d’un programme collectif sur la transition métropolitaine brésilienne au début du vingtième siècle (TRAME), cette recherche porte sur la « place des noirs » dans les villes de São Paulo et de Rio de Janeiro, telle qu’elle émerge entre 1900 et 1940. Si cette thématique a été fondamentale dans la bibliographie de la question sociale et raciale brésilienne, elle a plus rarement été abordée à l’échelle des quartiers et du peuplement de la ville. L’intervention portera sur le quartier de Casa Verde, à São Paulo, et montrera comment les populations noires se distinguent, plutôt que par ségrégation spatiale, par un usage différencié de la ville. Cette approche permet de reconstituer la trajectoire post-esclavagiste des populations noires urbaines au Brésil.

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