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Avec Françoise Lestage et Christian Rinaudo

Séminaire de l’Urmis, le 6 avril 2007 à Nice

Construction des différences dans les villes latino-américaines : Tijuana (Mexique) et Cartagena (Colombie)

Séminaire de l’URMIS
Vendredi 6 avril 2007, 14h00
Salle 102, Pôle universitaire St-Jean-d’Angély,
24 avenue des Diables bleus, Nice.

Dans le cadre des séminaires de l’Urmis Nice :

Construction des différences dans les villes latino-américaines :
Tijuana (Mexique) et Cartagena (Colombie)

Le Mexique et la Colombie ont connu dans le courant des années 1990 des réformes nationales et des mobilisations identitaires qui ont participé, de manière plus ou moins institutionnalisée, d’un processus de reconnaissance des différences ethniques quelquefois qualifiées de « ré-ethnicisation ». Qu’elles aient été impulsées par la mise en place de politiques multiculturelles ou par un mouvement social émanant de la société civile, ces transformations ont contribué ici et là à des phénomènes de réinvention de traditions (rituels, fêtes, musiques, danses…), de construction de nouveaux liens avec les origines indiennes ou africaines, de révision de l’histoire, de propositions de nouveaux récits. Saisies au niveau urbain, elles articulent souvent de manière complexe et ambiguë les dimensions ethniques et raciales, locales et sociales, jouant à la fois sur des définitions en termes de cultures « locales » et « populaires », sur la richesse de l’héritage « africain » ou « indien » et sur l’importance de la « diversité ethnique ». Nous proposons lors de cette séance d’aborder l’analyse de ces transformations à partir de la présentation de travaux empiriques localisés s’intéressant à des célébrations qui, chacune à leur manière, interrogent et travaillent la construction des différences dans les villes latino-américaines.

Françoise Lestage (URMIS, Paris) : Le « Jour des Morts », « fête nationale » des indiens mixtèques migrants et mise en scène de l’indianité à Tijuana

A l’extrême nord-ouest du Mexique, face aux Etats-Unis, la ville de Tijuana accueille depuis le début du 20ème siècle des migrants venus de tout le pays. L’identité de la ville s’est bâtie et se bâtit encore en mélangeant les apports de ces migrants aux origines variées ; une identité que promeuvent les institutions culturelles tout autant que les habitants eux-mêmes à travers les fêtes et les célébrations organisées par les unes et les autres. On traitera du cas de migrants originaires de la région mixtèque au sud du pays qui poursuivent à Tijuana une tradition très ancrée au Mexique, notamment dans les campagnes, consistant à accueillir les défunts de la famille, censés revenir sur terre à cette occasion, en leur faisant des offrandes qui permettent de médiatiser la relation entre vivants et morts. Au cours des vingt dernières années, ce culte privé a été transformé en célébration publique par des organisations politiques se réclamant des Mixtèques et par des institutions culturelles. Les premières en ont fait une sorte de « fête nationale » mixtèque, donnant ainsi plus de visibilité à ces migrants et contribuant à les constituer en « groupe ethnique » ; les secondes en ont fait une « fête » municipale qui montre la permanence des traditions et la survie des groupes indiens dans la ville et qui renforce, du même coup, la représentation nationale du Mexique au plan local, à savoir un Mexique dont la part indienne reste fondamentale.

Christian Rinaudo (URMIS, Nice) : Des « Fêtes de Novembre » aux « Fêtes de l’Indépendance de Cartagena » : la place des populations noires dans la ville

A Cartagena de Indias, ancienne place forte coloniale située sur la côte atlantique colombienne, les « Fêtes de Novembre », les plus importantes de l’année, sont censées commémorer la première indépendance de la ville, le 11 novembre 1811. « Censées » car les événements de novembre sont longtemps restés la raison d’être oubliée de festivités qui, depuis le milieu des années 1930, avec l’émergence du tourisme, n’ont cessé de voir se développer la place d’un Concours national de beauté faisant de Cartagena une vitrine internationale et contribuant à forger son image de ville de plaisirs. Depuis quelques années, on assiste à l’émergence d’un processus dit de « revitalisation des Fêtes de l’Indépendance » qui ouvre la possibilité aux populations noires des quartiers marginalisés de se réapproprier les thèses réformatrices de l’histoire locale réhabilitant la place des « héros populaires » descendants d’esclaves. Réafricanisation ou mouvement citoyen qui repose sur la valorisation d’une « culture locale », « populaire » et nourrie des apports des minorités, sans pour autant isoler la dimension ethnique des autres : deux visions de la construction locale de la différence vont progressivement se distinguer et s’affronter.

Affiche séminaire Lestage Rinaudo

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