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Soutenance de Aly Sada Timera

Aly Sada Timera a soutenu sa thèse de sociologie intitulée "Les politiques urbaines face à l’habitat précaire à Dakar : Géohistoire des mobilités résidentielles, normes institutionnelles et pratiques populaires de l’espace" et réalisée sous la direction de Mahamet Timera le vendredi 29 septembre 2017 à 14h à l’université Paris Diderot.
(Salle M 019, plan d’accès)

Mots clefs : Politiques urbaines, urbanisation, normes institutionnelles, pratiques populaires de l’espace, inégalités territoriales, exclusions sociales, irrégularité, restructuration régularisation foncière, sécurisation, informalité, résistance populaire.

Composition du jury :
- Directeur de thèse : TIMERA Mahamet, Professeur des Universités, Université Paris 7 Denis Diderot
- Rapporteur : DIOP Amadou, Professeur titulaire, Université Cheikh Anta Diop de Dakar
- Rapporteure : LEVY-VROELANT Claire, Professeure des Universités, Université Paris 8 Saint-Denis
- Examinateur : PHILIFERT Pascale, Professeure des Universités, Université Paris Ouest Nanterre
- Examinateur : YAPI DIAHOU Alphonse, Professeur des Universités, Université Paris 8 Saint-Denis

Résumé de la thèse :
La configuration ainsi que le fonctionnement de l’espace dakarois sont marqués par une permanente confrontation entre les « normes institutionnelles » et les modes populaires de production et de consommation de l’espace urbain.
L’objectif général de ce travail est d’analyser la façon dont s’édifie et se développe l’espace urbain dakarois, et plus particulièrement les modes de production des espaces résidentiels et comment ils sont façonnés par des logiques contradictoires et des stratégies d’acteurs différenciées.
La géo histoire de l’édification urbaine de Dakar qui nous a servi de trame, montre que la construction de la capitale sénégalaise est inscrite dans une lutte constante des acteurs pour l’appropriation des ressources spatio-territoriales marquées par le rejet et l’exclusion progressive des groupes sociaux économiquement fragiles dont les emprises résidentielles libérées de manière souvent violente ont été réaffectées à des acteurs sociaux à revenus plus élevés.
Cette conflictualité liée aux intérêts différenciés d’acteurs a engendré des formes diverses de résistance des groupes populaires pour une répartition plus équitable des ressources socio spatiales à travers le développement d’une offre foncière et immobilière adaptée à son profil social et économique. Les politiques urbaines développées jusqu’ici n’ont pas permis de répondre à cette demande sociale urbaine dominante.
L’analyse des politiques d’urbanisme et d’habitat depuis la période coloniale jusqu’à nos jours montre que les réponses portées par les politiques publiques se sont toujours inscrites soit dans le laisser faire ou la répression vis-à-vis des quartiers irréguliers. Ainsi s’est développée une rigoureuse résistance des groupes sociaux populaires qui a fini par imposer ses formes et modalités de consommation spatiale devenues dominantes au point de produire une urbanité caractéristique d’une identité physionomique propre à la ville.
Ces territoires de l’irrégularité sont la projection spatialisée d’une dénégation de l’État traduisant une corrosité de sa légitimité fortement fragilisée devant ces formes alternatives de production de la ville.
Ainsi le besoin de re-légitimer l’État, condition de sécurisation des investissements et de développement du marché, a amené celui-ci à engager un processus de reconquête politico-administrative largement appuyée par les institutions internationales comme la Banque Mondiale et l’Union Européenne.
Cette stratégie de reconquête politico – administrative, s’est notamment traduite sur le plan politique par l’approfondissement de la décentralisation avec la création des communes d’arrondissement couvrant l’ère des zones irrégulières, renforcées institutionnellement en commune de plein exercice avec l’acte III de la décentralisation. Cette réforme officiellement justifiée par les besoins d’approfondissement de la décentralisation et la libre administration des communautés par elles-mêmes et pour elles-mêmes, intègre une composante réforme territoriale à travers la déconcentration avec l’érection de l’arrondissement comme nouvelle unité d’administration territoriale placée sous l’autorité du sous-préfet.
Ces dynamiques de reconquête administrative viennent en appui à des processus plus anciens de contrôle politique par les différents partis au pouvoir structurés en comités dans les quartiers spontanés et servant de relais entre le Parti État et les populations locales (Legros, 2003 ; Navarro, 1987 ; Vernières, 1973 ; Salem, 1992).
Au-delà de l’entrée par le politique, le redéploiement de l’État se lit également à travers des dynamiques de reterritorialisation qu’il engendre avec les opérations de Restructuration Régularisation Foncière notamment. Il s’agit d’une entreprise de contrôle technico-urbanistique avec un objectif d’intégration physique et socioéconomique des quartiers irréguliers à la « ville légale », la mise à niveau des standings urbanistiques et l’harmonisation paysagère de l’espace urbain. Il s’agit également de l’intégration des pratiques spatiales dans la « norme » urbaine à travers notamment l’octroi d’un titre légal d’occupation. C’est donc la reconquête d’un espace situé hors du champ de contrôle du dispositif étatique, qu’il s’agit de ramener dans le giron légal remanié.
Ainsi, même situé en marge de la légalité institutionnelle, l’espace spontané n’est plus pour autant un espace de négation de la présence physique et institutionnelle de l’État.
 Pour notre part, nous inscrivons cette présente recherche dans un champ plus large. En effet, l’impératif de contrôle politico – administratif (décentralisation/déconcentration) et d’harmonisation technico-urbanistique (restructuration/régularisation foncière) de la ville s’inscrivent dans un champ plus large qui vise l’élargissement du marché et sa consolidation.
 L’entreprise de fonctionnalisation de l’espace et de la sécurisation juridique de son occupation à travers la RRF participe d’un projet qui cherche à rendre les « zones populaires dites illégales » conformes aux attentes du marché. Elles constituent des formes renouvelées d’exclusion des pauvres mais qui présentent le double avantage pour l’État de ne plus être perçu comme acteur intervenant physique directement responsable d’une part et d’autre part, de faire « participer » les populations à la construction des mécanismes d’exclusion et donc à leur inconsciente adoption par le jeu de l’instrumentalisation de la « participation ».
 Il apparait ainsi qu’en prétendant lutter contre les exclusions et les inégalités territoriales, les projets de RRF les reproduisent sous une forme renouvelée, en tant que champ de préparation de l’expansion du marché dans les territoires de l’informalité. Ce renouvellement des mécanismes d’exclusion tend à endiguer les fortes pressions subies par l’État du fait des nouveaux rapports de force entre groupes sociaux, ses interventions directes ayant toujours été confrontées à la vivacité des résistances populaires qui se lisent notamment dans le dynamisme expansif de la production spatiale urbaine populaire et la consolidation des formes résidentielles qui lui sont liées.

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